Patrick Nardin, Godzilla Reloaded

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Godzilla reloaded (2015, vidéo 4K, sonore, 3’33’’ en boucle) est un film en papier réalisé à partir de très brèves séquences soustraites à la longue série des « Godzilla » produite au Japon depuis les années 1950. Les fragments collectés sont décomposés en images fixes, transformant les films en une base de données dans laquelle on peut s’engager librement sans souci d’une ligne narrative cohérente ou d’une position chronologique. Reprises numériquement pour une nouvelle configuration des formes et des mouvements, ces images deviennent des peintures, formant une succession de tableaux peints, qui constituent la matrice d’un film. Le choix de techniques très grasses apporte au travail de nombreuses taches, scories, y compris un halo formé d’huile séchée apparaissant parfois autour des figures, comme un méta-dessin venant en plus. Dans le film, ces traces bougent aussi, rappelant incidemment les salissures ou l’usure des pellicules de cinéma. Le geste qui se développe de manière sensiblement différente entre les images, donne le sentiment que l’image se fait et se défait sans arrêt, dans une animation de la surface même, à la limite du flicker. Transformé en une créature de couleur à l’aspect instable, Godzilla devient un personnage dont la menace tourne à vide ; ses tics resurgissent, mais au sein de ce nouvel espace pictural ils se manifestent comme dans une pantomime. L’isolement de la figure, l’effacement du contexte original, révèlent incidemment la part d’humanité de Godzilla, qui ne se déplace jamais à la manière d’un animal ; à travers la gestuelle du monstre, agitant les bras et marchant comme un homme, c’est la présence de l’acteur à l’intérieur d’un costume de caoutchouc en forme de bête antédiluvienne qui se rappelle à nous. La créature déplacée, repeinte, transformée, reste habitée par le personnage fantôme placé à l’intérieur qui lui donnait vie dans les premiers films de la série.